Par Laure Guillaud, fondatrice de Marguerite et Simone, spécialiste des arts de la table anciens et vintage depuis 30 ans

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Fin décembre 2025, le magazine 60 Millions de Consommateurs publiait une enquête sur les métaux lourds dans la vaisselle ancienne. L’article a été repris en quelques jours par des dizaines de sites, souvent mot pour mot, à partir d’une seule et même source. Le résultat : une vague d’inquiétude généralisée, des titres alarmants, et beaucoup de confusion.

En tant que spécialiste des arts de la table depuis 30 ans, je voulais vous apporter une réponse précise, documentée et honnête. Parce que le sujet mérite mieux que des généralisations, dans un sens comme dans l’autre.

Ce que dit l’enquête de 60 Millions de Consommateurs et ce qu’elle nuance elle-même

L’enquête a été menée par deux experts céramistes, Eric et Joëlle Swanet, qui analysent des pièces de vaisselle ancienne depuis de nombreuses années. Leurs conclusions sont sérieuses. Mais ils déclarent eux-mêmes : « nous ne prétendons pas que toutes les pièces anciennes sont problématiques, mais une bonne partie le sont. »

Cette nuance fondamentale a disparu de la quasi-totalité des reprises médiatiques. Ce n’est pas « toute la vaisselle ancienne est dangereuse ». C’est « certaines pièces méritent attention ».

Où se trouve exactement le plomb dans la vaisselle ancienne

Le plomb ne se trouve pas dans la pâte de la céramique, ni dans la porcelaine elle-même. Il se trouve dans la glaçure, la couche vitrifiée brillante qui recouvre certaines pièces. Il était utilisé comme fondant pour abaisser la température de cuisson, obtenir des surfaces brillantes et faciliter la production à moindre coût. Plus la cuisson est réalisée à basse température, plus le risque est élevé.

Cette précision change tout. Une pièce non émaillée, ou dont la glaçure est d’une composition minérale sans plomb, ne pose aucun problème. Une porcelaine cuite à 1 400°C avec une glaçure à base de kaolin, quartz et feldspath n’a pas besoin de plomb. Il serait inutile et instable à cette température.

Ce que les articles ont oublié de mentionner

Le bleu en céramique ancienne n’est pas obtenu avec du plomb

Les beaux bleus de la faïence française traditionnelle sont obtenus à l’oxyde de cobalt, une technique utilisée depuis des siècles qui ne nécessite pas de plomb. Associer systématiquement décor coloré et danger est une erreur.

Le cadmium concerne uniquement les teintes rouge-orangées

L’enquête originale le précise : c’est dans les émaux rouge-orangés que le cadmium était utilisé. Pas dans toutes les couleurs, pas dans toutes les époques.

La porcelaine de Limoges : une des vaisselles les plus sûres

Cuite à 1 400°C, composée de kaolin, quartz et feldspath, sa glaçure est entièrement vitrifiée à haute température. Le plomb n’y a pas sa place techniquement.

La faïence Digoin, Badonviller, Sarreguemines : injustement accusée

Les grandes manufactures françaises des années 1950 et 1960 ont produit une faïence de qualité pensée pour un usage quotidien familial, avec des procédés maîtrisés. Ces pièces ont nourri des générations de familles françaises pendant des décennies.

La terre de fer n’est pas automatiquement au plomb

Tout dépend de la glaçure utilisée par le fabricant. La même forme, produite par deux manufactures à la même époque, pouvait être traitée différemment.

Des pièces anciennes portaient déjà la mention « sans plomb »

Il existe des pièces du début du XXe siècle marquées explicitement « sans plomb » au dos. La preuve que la conscience sanitaire existait bien avant les réglementations modernes, et que la production ancienne n’était pas uniforme.

Le risque sanitaire réel : soyons honnêtes

Il ne s’agit pas de nier le risque. Le plomb est toxique, sans seuil d’exposition totalement sûr, particulièrement chez l’enfant et la femme enceinte. Le cadmium est classé cancérogène. Ce sont des réalités scientifiques établies.

Mais le risque concret dépend de plusieurs facteurs précis : la fréquence d’utilisation, la température des aliments, et surtout leur acidité. Les aliments acides comme les tomates, les agrumes ou la vinaigrette favorisent la migration des métaux depuis l’émail vers la nourriture. Une assiette utilisée quotidiennement pour un plat en sauce tomate n’est pas dans la même situation qu’une assiette de présentation pour le fromage ou le pain.

Pour les adultes en bonne santé, le risque principal sur le long terme concerne l’hypertension et les reins. La vigilance est surtout recommandée pour les jeunes enfants et les femmes enceintes. Ce n’est pas rien, mais c’est très différent d’une menace immédiate pour tout le monde.

Pour aller plus loin sur ce sujet, vous pouvez consulter les recommandations de l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire : www.anses.fr

Et le cristal dans tout ça ?

Le cristal traditionnel, celui des beaux verres de table, des carafes, des coupes, contient du plomb dans sa composition même. C’est ce qui lui donne sa brillance, son poids, son tintement caractéristique. Pourtant aucun article n’alerte sur le fait de boire du vin dans un verre en cristal de qualité. Parce que le risque réel, en usage normal, est considéré comme infiniment faible. La même logique s’applique à la vaisselle ancienne bien choisie.

La vaisselle moderne est-elle vraiment plus sûre ?

C’est la question que personne ne pose. La réglementation européenne impose des limites de migration du plomb et du cadmium pour toute vaisselle en contact alimentaire. Mais ces contrôles concernent la vaisselle commercialisée dans les circuits officiels. La vaisselle bas de gamme produite massivement, avec des décors colorés vifs à basse température, peut présenter des risques tout aussi réels, voire supérieurs, à ceux d’une faïence française sérieusement produite dans les années 1950. Des tests indépendants menés aux États-Unis ont révélé des taux de plomb très élevés sur certaines pièces récentes décorées à la main ou peintes sur glaçure.

Personne ne pose cette question sur la vaisselle de la fast fashion déco. Pourtant elle mérite d’être posée.

Pour en savoir plus sur la réglementation européenne en matière de matériaux en contact avec les aliments : food.ec.europa.eu

Comment reconnaître une glaçure suspecte : le geste du spécialiste

La brillance, premier indicateur

Quand je prends une pièce en main sur un vide-grenier ou chez un brocanteur, mon oeil va d’abord à la brillance. En effet, une glaçure saine est homogène : elle brille de façon uniforme sur toute la surface. En revanche, si le centre est mat et les bords brillants, c’est que le vernis s’est usé au fil des utilisations. La protection n’est donc plus là où elle devrait être.

Les traces d’usage et le toucher

Ensuite je regarde les traces d’usage. Des rayures profondes, des marques de couteaux accumulées, une surface qui a perdu son lisse au toucher : ce sont autant de signaux que la glaçure a été altérée. C’est pourquoi je passe toujours le doigt sur la surface. Une pièce saine doit en effet être parfaitement lisse, sans aspérité.

Le dos de la pièce, une mine d’informations

Je retourne systématiquement la pièce pour lire le dos. Dans 98% des cas il y a une marque de manufacture. C’est une information précieuse car elle permet de dater la pièce, d’identifier le fabricant, et de savoir dans quelle tradition de fabrication elle s’inscrit. Une pièce sans marque n’est pas forcément suspecte, mais elle demande davantage d’attention.

Les éclats et les cheveux : transparence totale

Enfin je vérifie l’intégrité de la pièce. Un éclat, même petit, expose la pâte sous la glaçure et crée ainsi une zone de fragilité où la migration des métaux est plus probable. En général je laisse donc la pièce. Cependant, quand je fais le choix de la garder, c’est uniquement si l’éclat n’altère pas l’esthétique de la pièce. Dans ce cas je ne le cache jamais : j’informe systématiquement mes clientes, avec la description précise et les photos à l’appui. La transparence fait en effet partie de mon travail. Il en va de même pour ce qu’on appelle dans le jargon les « cheveux », ces fines craquelures de surface quasi invisibles à l’oeil nu mais bien réelles au toucher, et que je signale toujours.

Ce geste, je le répète depuis 30 ans. Il ne garantit certes pas une analyse chimique, mais il permet néanmoins d’écarter les pièces les plus à risque et de sélectionner celles qui méritent de retrouver une table.

Ce que je fais chez Marguerite et Simone

Chez Marguerite et Simone, on ne vends pas de la vaisselle en vrac. Je sélectionne chaque pièce avec la connaissance des marques, des époques, des techniques de fabrication. Je sais reconnaître une glaçure suspecte, identifier une provenance, lire les marquages au dos d’une pièce.

Mon rôle n’est pas de vous vendre n’importe quoi. C’est de vous proposer une vaisselle authentique, choisie avec soin, pour qu’elle retrouve sa place sur votre table en toute sérénité.

Ce que je vous conseille concrètement : évitez d’utiliser en usage quotidien des pièces très anciennes aux émaux rouge-orangés vifs pour des plats acides chauds. Réservez votre instinct de précaution aux pièces dont vous ne connaissez pas l’origine. Et si vous avez un doute sur une pièce spécifique, demandez-moi. C’est exactement pour ça que je suis là.

Découvrez notre sélection de vaisselle ancienne choisie avec soin sur notre boutique en ligne margueriteetsimone.com. Une question sur une marque, une époque, une glaçure ? En boutique à Bourgoin-Jallieu ou en message privé, je suis disponible.

Laure Guillaud, fondatrice de Marguerite et Simone Bourgoin-Jallieu | contact@margueriteetsimone.com